Le récit d’Arielle – Chapitre 2

(Lire le Chapitre 1 ici)

*Les noms des médecins ont été modifiés.

——-

En voiture, mon cerveau roule à mille à l’heure.

En même temps, j’ai l’impression que tout est au ralenti.

Si un médecin veut me voir immédiatement, ça doit être hyper grave, non? 

Jamais on ne m’a demandé de me rendre d’urgence à l’hôpital, j’angoisse sans bon sens. 

Après m’être mélangée entre le triage de l’urgence et le triage de la natalité ($%&*@!), j’arrive enfin où on m’a demandé d’être. 

Mais la secrétaire ne trouve pas mon dossier. 

Maudits hôpitaux! 

Au bout de 15 minutes avec ma sage-femme au bout du fil, elle trouve finalement le dossier et me demande d’attendre dans la salle des familles.

Je suis entourée de femmes enceintes jusqu’au cou. 

Je n’ai pas envie d’être ici, je n’ai pas envie d’être à côté de femmes sur le bord d’accoucher. 

Parce que je ne suis pas censé accoucher maintenant! 

Sortez-moi d’ici!

Dre Tanguay, celle qui a reçu mes résultats de tests sanguins, est présentement dans une chambre d’accouchement avec une femme en travail. Je dois donc l’attendre.

Je prends mon mal en patience, encore hyper angoissée. 

Les infirmières me font des prises de sang (les premières de beaucoup, beaucoup d’autres) et on écoute le coeur d’Arielle. Moi qui n’aimais pas les machines, là je les aime bin gros car elles me confirment que ma cocotte a le coeur qui bat. 

Après quatre heures d’attente, je rencontre finalement Dre Tanguay.

Dès son arrivée, elle m’informe que je devrai rester au moins une nuit, probablement plus, à l’hôpital. 

Ayoye. 

Je reçois ensuite la première mauvaise nouvelle de plusieurs autres: le reste de ma grossesse et mon accouchement devront être suivis par l’hôpital, car les sage-femmes n’ont pas le droit de suivre un cas comme le mien. 

Outch. 

Bye-bye maison de naissance.

Bye-bye accouchement-pas-sous-les-néons.

Deuxième mauvaise nouvelle: je vais certainement devoir être provoquée avant 40 semaines.

Outch outch. 

J’essaie de rester calme, de cacher mon p’tit coeur bouleversé. 

Ce soir-là, après avoir reçu la visite de ma famille, et après le départ de Dominic, j’éclate en sanglots dans ma chambre. Je me laisse aller, enfin à l’abri des regards.

Je pleure pendant une bonne heure, tentant de ne pas faire trop de bruit, car je partage ma chambre avec une maman qui vient d’accoucher.

Je me retrouve confrontée à un deuil auquel je ne m’attendais pas du tout. 

Accoucher à l’hôpital, perdre ma sage-femme, et être provoquée en plus. Tu parles d’un accouchement << dans le calme et la sérénité >> !

Je me sens très seule, comme une petite fille qui doit dormir pour la première fois loin de la maison.

Je n’ai jamais eu besoin de dormir à l’hôpital.

Jamais eu de problème de santé.

Jamais mis les pieds dans un hôpital pour moi! 

Je me sens bien perdue, impuissante et surtout inquiète pour Arielle.

Mais les machines indiquent qu’elle va bien.

Je n’avais pas tout compris cette journée-là (mon cerveau encore trop affecté par les émotions pour comprendre grand chose), mais en gros, mes sels biliaires étaient à 14, et mes enzymes à 500.

Lorsque les sels biliaires dépassent le 40, on parle alors d’une cholestase du foie. Les sels biliaires se retrouvent dans le sang et sont toxiques pour le foetus. Pour ce qui est des enzymes du foie, elles sont normalement à 50, voire même 20 ou 30 pendant une grossesse.

C’est donc un cas très bizarre et jamais vu par le personnel hospitalier : mes sels biliaires ne sont pas assez hauts pour s’inquiéter pour le bébé et pour diagnostiquer une cholestase – mais il y en a quand même dans mon sang. 

Et mon foie rejette des enzymes pour dix, ce qui pourrait être dangereux pour moi à moyen terme. 

Malgré les médecins qui me rassurent qu’Arielle n’est pas en danger présentement, ça me fout la trouille de savoir que ces sels sont présents dans mon système.

Comme s’il y avait soudainement un ennemi dans mon corps.  

Les médecins sont confus, car cette grande quantité d’enzymes devrait me faire ressentir plein de symptômes: maux de tête, étourdissements, mal de ventre, selles blanches comme le mur (wtf) !

Je n’ai rien de tout ça! Je me sens top shape. 

À date, y’a juste un gros point d’interrogation dans les yeux du personnel médical.

La solution pour sauver Arielle si mes sels montent à plus de 40: provoquer mon accouchement.

Comme je suis à 34 semaines, il y a ambiguïté à savoir si elle est plus en sécurité dans ma bédaine, ou à l’extérieur. Je suis moi-même perplexe devant le choix à prendre. Mon coeur (et celui de papa) a envie de savoir que mon bébé est en sécurité, à l’extérieur, même si ça signifie un bébé un peu prématuré.

Le lendemain matin, je passe une échographie du foie. Il est beau et fonctionne bien. Le technicien est super gentil, il prend une photo du visage d’Arielle et me la donne. Je la trouve magnifique, elle a l’air toute sereine dans ma bédaine. 

Comme si elle me disait << ça va bien aller maman >> . C’est un petit baume après ce 24h étourdissant. 

Comme les résultats de mes nouveaux tests sanguins ne seront pas disponibles avant 48h, Dre Tanguay me donne mon congé pour que je puisse me reposer chez moi.

Le lendemain, je tombe en congé de maternité à la vitesse grand V. Je passe la journée à préparer mon absence. 

Je ravale mes larmes, sachant que mon congé de maternité pré-accouchement tombe à l’eau. Pas de repos avant l’arrivée de ma puce, ni de temps pour terminer sa petite chambre. 

La fin de grossesse se fait sentir dans mon corps, je me sens lourde et je n’ai qu’une envie : être chez moi sous une tonne de couvertures. 

Deux jours plus tard, on retourne à l’hôpital pour obtenir mes résultats. 

J’ai ma petite valise au cas où je serais admise.  Je souhaite de tout coeur ne pas avoir à m’en servir! 

La routine recommence: test d’urine, prise de sang, NST (monitoring du coeur) et signes vitaux. Je commence à bien les connaître! 

C’est Dre Bédard qui vient me voir: mes sels biliaire sont encore bas, donc pas de danger imminent pour Arielle.

Mais elle me dit carrément que c’est pour moi qu’elle s’inquiète. 

Mes enzymes ont beaucoup augmenté en deux jours. Je suis rendu à 700, ce qui est extrêmement haut. 

Elle est vraiment surprise que je me sente bien. Quelques minutes plus tard, sous les conseils de la gastro-entérologue, je suis admise à nouveau. 

À peine une heure plus tard, l’équipe médicale s’entend pour me donner la première injection servant à faire maturer les poumons de ma petite sirène, au cas où on devrait me provoquer bientôt. 

Wow, c’est très sérieux tout d’un coup.

Est-ce que je vais devoir être provoquée demain? Après-demain? 

Personne ne sait. 

Plus tard, la gastro-entérologue m’indique qu’elle est en communication avec le CHUM pour suivre mon cas. 

Re-wow. 

Le CHUM!? 

C’est donc bin sérieux!

J’ai envie de leur dire, je vous jure que je me sens bien! 

Mais clairement le personnel ne se sent pas bien lorsqu’ils ouvrent mon dossier.

Les deux prochains jours se résument en une dizaine de prise de sang, la rencontre de plein de médecins et une multitude de questionnements. 

Le constant va-et-vient des infirmières et médecins, les différentes opinions selon les changements de chiffre, et les bleus qui s’accumulent sur mes bras, tout ça devient exténuant. 

Et surtout, de ne pas savoir. 

Être dans le néant et l’inquiétude extrême. 

Comment ça, vous n’avez jamais vu un cas comme le mien?! 

J’ai l’impression d’être dans un film. 

Deux jours plus tard, ça ne va plus. 

Mes enzymes sont rendus à 1000.

Mes sels billaires à 26. 

Ça, c’est trop proche du 40 à mon goût. 

Trop proche du danger pour Arielle.

On m’annonce que je vais être transféré au CHUM. 

Encore une fois, j’éclate en sanglots. 

Qu’est-ce qui se passe? 

Personne ne sait.

Tout ce qu’on sait, c’est que ce n’est pas normal, et que Le Gardeur n’a plus les compétences pour me suivre. 

Je suis rendu un cas spécial. 

On me transporte jusqu’à l’ambulance, Dom suit derrière avec la voiture et on part, direction: le CHUM.

LA SUITE: Chapitre 3

2 commentaires sur « Le récit d’Arielle – Chapitre 2 »

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